Mars
Mars hésite. Mais sans timidité. Avec une franchise qui déroute. Le soleil du matin cède la place à trois jours de pluie. Les jonquilles percent le sol avant même que le gel ne se soit tout à fait retiré. Puis surviennent les giboulées : ces averses soudaines, presque violentes, suivies d’éclaircies aussi brèves qu’éblouissantes. Elles naissent du choc entre l’air froid, encore accroché aux altitudes, et la terre qui se réchauffe. Cette instabilité met le corps à l’épreuve. La thermorégulation s’emballe, le système nerveux s’adapte en permanence aux sautes de température. Résultat ? Une fatigue tenace, paradoxale, alors que les jours s’allongent et que la lumière semble promettre un renouveau.
Pendant ce temps, la nature, elle, ne tergiverse pas. Dans les arbres, la sève monte à un rythme effréné, plusieurs litres par jour. Les bourgeons éclatent dès que le thermomètre dépasse les dix degrés. Les oiseaux migrateurs reviennent, occupés à nicher, à chanter, à se reproduire. Tout explose, tout s’accélère. Pourtant, nous, nous traînons encore les pas de l’hiver. On observe un monde qui accélère alors que notre rythme intérieur, lui, demande encore de la lenteur.
L'équinoxe, le moment du basculement
Aux alentours du 20 mars, l’équinoxe de printemps rétablit l’équilibre : nord et sud reçoivent enfin la même quantité de lumière. Dès lors, l’hémisphère nord s’incline un peu plus chaque jour vers le soleil. Les jours s'allongent de façon de plus en plus sensible, la mélatonine recule, la sérotonine s’éveille. Ces changements, imperceptibles mais profonds, modifient nos nuits, nos humeurs, nos appétits. Certaines personnes s’envolent, portées par une énergie nouvelle. D’autres restent en retrait, comme en décalage avec une saison qui avance sans elles. Ce déphasage n’est pas une faille à corriger. C’est une réalité, documentée et légitime : le corps a ses temps, et mars les respecte.
Ce que mars offre
L’hiver n’a pas encore tout à fait quitté la scène. Les soirées gardent leur fraîcheur, les cieux leur grisaille. Cette ambiguïté est un cadeau : elle autorise les matins sous le plaid, les après-midis à écouter la pluie tambouriner contre les vitres, les boissons chaudes qui se succèdent sans remords. La lenteur a encore sa place en mars. Les premières fleurs, les chants d’oiseaux à l’aube, la lumière qui s’attarde un peu plus chaque soir. Autant de signes à accueillir, sans précipitation. Il suffit parfois de les observer depuis sa fenêtre, de les laisser infuser en soi.
Ni encore ni déjà
Mars n’est pas une saison inaboutie. C’est un mois souverain, avec sa lumière discrète mais tenace, ses journées balancées entre deux saisons, sa permission tacite de ne pas être tout à fait prêt. C'est le mois de l’hésitation féconde : on devine les changements possibles, sans avoir à les précipiter. On laisse mûrir des désirs, des projets, des envies, sans exiger qu’ils éclatent au grand jour. On savoure la chaleur du foyer tout en entrouvrant la porte à l’air printanier.
Mars ne choisit pas. Il superpose les temps.
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