Mars 2018 - Slovaquie
Bratislava, capitale de la Slovaquie se situe à une soixantaine de kilomètres de Vienne, capitale de l'Autriche.
Quand on passe quelques jours à Vienne et qu'on sait que Bratislava est là, à environ une heure de train, de l'autre côté d'une frontière qui n'existe plus vraiment, on se dit que le trajet vaut la peine d'être fait. Deux capitales à soixante kilomètres l'une de l'autre : la situation est suffisamment exceptionnelle pour valoir le détour.
Alors, on prend le train, sous un ciel un peu gris et un peu froid.
Une fois à destination, le chemin entre la gare et le centre ville donne le ton. On longe une large avenue, bordée d'immeubles dont les façades portent les marques de temps difficiles. Peintures écaillées, immeubles délabrés, atmosphère un peu chargée, un peu lourde et un peu silencieuse. Ce n'est pas l'entrée d'une capitale telle qu'on se la représente habituellement. On a plutôt le sentiment d'entrer dans une ville qui n'a pas encore tout à fait digéré la vitesse à laquelle elle a dû se réinventer.
Bratislava est capitale depuis 1993 seulement. Vingt-cinq ans, c'est court pour s'approcher des codes qui régissent à quoi doit ressembler une capitale : façades soignées, avenues commerçantes animées, musées installés, monuments assumés comme symboles.
Ce qu'arpenter cette avenue raconte, c'est que ce travail est inégal, qu'il avance à des rythmes différents selon les quartiers, selon les priorités, selon qui y vit et qui y passe.
En arrivant dans la vieille ville, le contraste est immédiat. Les rues ont été restaurées, les bâtiments ravivés, les places équipées de statues et de terrasses. Ce jour-là, un grand œuf de Pâques trônait sur l'une d'elles. Décoration de saison un peu incongrue dans la lumière grise de mars.
Le château domine tout ça depuis sa falaise. Imposant, rénové, visible de loin.






Mais il suffit de s'éloigner de quelques rues pour retrouver un autre visage : des ruelles à peine habitées, des façades qui n'ont pas encore été touchées par la rénovation, des immeubles habsbourgeois très beaux dans leur structure mais visiblement laissés à eux-mêmes.
Deux villes dans la même ville, séparées de quelques centaines de mètres.



Là encore, ce décalage n'est pas simplement esthétique. Il dit quelque chose sur la façon dont la transformation d'une ville se fait. Et pour qui elle se fait. Le centre reconstruit attire les visiteurs. Les ruelles alentour attendent.
Le déjeuner a été l'une des surprises de la journée. Un restaurant sans prétention, une carte de plats traditionnels, du vin local. Ce qu'on a mangé était bon, copieux, ancré dans une cuisine qui ne cherche pas à se faire remarquer. Et l'addition, en fin de repas, était déconcertante pour qui arrive de Vienne : autour de huit euros par personne.
Un décalage de prix qui confirme qu'en 2018, Bratislava n'avait pas encore non plus aligné ses prix sur ceux de Vienne ou Prague, capitales établies depuis bien plus longtemps.
En fin de journée, en reprenant le train, il restait quelque chose d'un peu indéfinissable. Bratislava n'est pas une ville facile à saisir. Elle est belle par endroits, abîmée par d'autres, en train de se construire une image d'elle-même qui ne correspond pas encore entièrement à ce qu'elle est.
Ville jeune dans un corps ancien, capitale récente héritière de plusieurs siècles d'autres histoires.