Robin Hood's Bay, ruelles et contrebande

Crédit photo : Hilja

Le village de Robin Hood's Bay s'accroche à une falaise de la côte du Yorkshire. Les maisons descendent en cascade vers le port, serrées, avec des ruelles si étroites que les adultes s'y frôlent en passant.
On raconte que dans ce village, un ballot de soie pouvait voyager de la plage jusqu’au sommet de la falaise sans jamais voir la lumière du jour. Ceci était rendu possible - et des traces archéologiques partielles en attestent - grâce à un réseau de caves et de passages qui reliaient les bâtiments. Au XVIIIe siècle, cette configuration particulière a fait de Robin Hood's Bay le terrain idéal pour la communauté de contrebande la plus active de la côte du Yorkshire.

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Ce qu'on faisait passer

Les marchandises concernées par ces activités étaient simples : thé, brandy, gin, rhum, tabac. Des produits importés de France et des Pays-Bas, soumis à de lourdes taxes douanières. Taxes principalement levées pour financer les guerres contre la France. Pour les communautés côtières du Yorkshire dont les revenus de la pêche étaient insuffisants et irréguliers, faire passer des marchandises sans acquitter les droits n'était pas vécu comme un acte criminel au sens contemporain du terme. C'était une économie parallèle, organisée collectivement, considérée par beaucoup comme légitime face à une fiscalité perçue comme arbitraire.

Cela n'allait pas sans heurts. Les archives décrivent par exemple, comment, en 1773, deux cotres des douanes (le Mermaid et l'Eagle) furent surpassés en puissance de feu et chassés de la baie par trois navires de contrebandiers : une goélette et deux chaloupes. Ou comment, en 1779, une bataille éclata dans le bassin portuaire entre contrebandiers et douaniers, autour de 200 tonneaux de brandy et de gin et de quelques sacs de thé.

Les opérations de contrebande étaient financées par des syndicats locaux (marchands, propriétaires terriens, membres de la bourgeoisie locale) qui prenaient les profits sans prendre les risques. Les risques étaient pour les marins et les villageois qui déchargeaient et transportaient. Tout le monde, ou presque, était impliqué : les fermiers qui prêtaient leurs granges pour le stockage, les femmes qui cachaient les marchandises dans les greniers, les enfants postés comme guetteurs sur les falaises.

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Ce que ça dit d'une économie

La contrebande du Yorkshire côtier n'était pas le fait de hors-la-loi romantiques. C'était une réponse collective organisée pour faire face à une contrainte économique. Une communauté qui n'avait pas d'autre levier que celui-là l'utilisait, en toute connaissance de cause, avec une organisation remarquable.

Ce qui la rendait possible, c'était précisément sa base sociale large : les couches impliquées allaient des marins-pêcheurs aux membres du clergé et de la petite noblesse rurale. Les douaniers étaient en sous-nombre, souvent achetés, et ne bénéficiaient pas du soutien de la population locale. Les archives des douanes de Whitby et de Scarborough, conservées aux North Yorkshire Archives, documentent les saisies, sans que les arrestations qui s'ensuivirent soient proportionnelles au volume des marchandises interceptées.

On retrouve ici un mécanisme familier à l'histoire économique : quand une fiscalité est perçue comme illégitime, les communautés qui en ont la capacité construisent des circuits alternatifs. Une forme d'apatation plutôt que de délinquance au sens moral.

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Robin Hood's Bay aujourd'hui

Le vieux village de Robin Hood's Bay est toujours là, les maisons toujours aussi serrées, les ruelles toujours aussi étroites. Il y a un petit musée local avec des objets de contrebande. En été, les touristes descendent la falaise en file, photographient le port, achètent de la glace. En automne, quand les derniers visiteurs sont partis, le village retrouve sa lumière basse et son silence.

C'est dans ce silence qu'on imagine le mieux les nuits du XVIIIe siècle : la baie sombre, les barques qui arrivent sans bruit, les hommes qui déchargent vite, les caves qui s'ouvrent. Une opération discrète et efficace, conduite par des gens ordinaires, pour des raisons ordinaires.


Sources