Se réchauffer sans monter le chauffage

Théière emmitouflée dans de la laine
Crédit photo : Hilja

Quand le froid s'installe dans un logement, le premier geste est presque toujours le même : monter le thermostat. Il est rarement le plus efficace. La sensation de froid chez soi ne dépend pas seulement de la température affichée par le chauffage, mais d'un ensemble de facteurs que ce chiffre ne mesure pas : la température des murs, l'humidité de l'air, les courants d'air, ce que l'on porte, ce que l'on fait de son corps. Agir sur ces facteurs permet souvent de gagner en confort sans consommer davantage.

Une précision s'impose d'emblée, parce qu'elle évite une fausse promesse. Aucun de ces gestes ne compense une isolation défaillante. Dans un logement mal isolé, maintenir une température correcte reste difficile, et la véritable réponse passe par des travaux que tout le monde ne peut pas engager. L'Agence de la transition écologique le rappelle sans ambiguïté : réduire les besoins de chauffage suppose avant tout d'isoler. Ce qui suit ne remplace pas cela. Mais à logement égal, celui où l'on applique ces gestes sera plus confortable et plus économe. C'est de cette marge qu'il s'agit : faire mieux avec ce que l'on a déjà.

Un mot, aussi, sur le mécanisme qui sous-tend l'ensemble. La température que le corps perçoit n'est pas celle de l'air ambiant, mais une moyenne entre cette température et celle des parois qui entourent la pièce. On peut avoir froid dans une pièce chauffée à 24°C si les murs restent à 12°C, et se sentir bien à 19°C si les parois avoisinent cette même valeur. C'est l'effet de paroi froide, et il explique pourquoi tant des gestes qui suivent visent les murs, les fenêtres et le corps plutôt que l'air.

Garder la chaleur là où elle se trouve

Le premier travail consiste à empêcher la chaleur produite de fuir et le froid d'entrer. Certains gestes simples permettent d'agir en ce sens.

  • L'étanchéité des ouvertures mérite une vérification simple. Un filet d'air froid sous une porte ou par un châssis mal jointé refroidit une pièce en continu, sans que l'on en identifie toujours la cause. Passer la main le long des encadrements un jour de vent suffit souvent à repérer où agir, et un joint adhésif ou un calfeutrage léger règle le problème pour une somme raisonnable.
  • La gestion du soleil compte autant en hiver qu'en été, mais en sens inverse. Le rayonnement qui pénètre par une fenêtre exposée au sud dans la journée constitue une source de chaleur gratuite. Ouvrir les rideaux et les volets côté soleil pendant les heures où il donne permet de capter cette chaleur.
  • À l'inverse, fermer les volets et tirer les rideaux à la tombée de la nuit limite nettement les déperditions par les fenêtres, qui peuvent représenter jusqu'à un quart des pertes de chaleur d'un logement. Un vitrage, même double, isole toujours moins bien qu'un mur.
  • Des rideaux épais devant les fenêtres atténuent l'effet de paroi froide du vitrage en interceptant une partie du rayonnement vers l'extérieur. Un rideau lourd fait une différence sensible sur une fenêtre ancienne.
  • Maintenir closes les portes des pièces non chauffées (cellier, couloir, entrée...), concentre la chaleur dans les espaces réellement occupés.
  • Déposer un tapis sur le sol, en particulier au rez-de-chaussée ou au-dessus d'une cave, coupe la sensation de froid qui remonte par les pieds et ralentit la perte de chaleur vers le bas.
  • Un boudin de porte, ou une simple serviette roulée placée au bas d'une porte donnant sur l'extérieur ou sur une pièce froide, bloque le courant d'air le plus immédiat.

Une limite doit être posée ici, car elle touche à la santé. Retenir la chaleur ne signifie jamais calfeutrer entièrement le logement. Les grilles de ventilation ne doivent pas être obstruées : elles garantissent le renouvellement de l'air et l'évacuation de l'humidité. Un logement hermétiquement clos accumule vapeur d'eau et polluants intérieurs, ce qui dégrade la qualité de l'air et, par effet de ricochet, le confort thermique lui-même, puisqu'un air humide est ressenti comme plus froid. L'ADEME recommande d'ailleurs d'aérer cinq à dix minutes par jour, même en hiver, radiateurs coupés le temps de l'aération. La distinction est nette, on supprime les courants d'air parasites, on préserve la ventilation voulue.

Chauffer là où l'on vit, quand on y vit

Chauffer tout le logement en permanence et de façon uniforme est une habitude récente et coûteuse. Adapter le chauffage à l'occupation réelle des pièces compte parmi les gestes les plus efficaces que recommande l'ADEME, qui rappelle l'inutilité de chauffer toutes les pièces à la même température tous les jours. Cette logique peut s'étendre au-delà du réglage des radiateurs, jusqu'à l'organisation de la journée elle-même. Les cultures vivant sous des climats exigeants ont toujours déplacé l'usage de leurs espaces au fil des heures, et ce savoir ancien garde sa pertinence. En voici quelques exemples.

  • Occuper en priorité les pièces les plus faciles à chauffer, les plus petites, les mieux exposées, les moins traversées de courants d'air, revient à concentrer le confort là où l'on vit vraiment.
  • Travailler l'après-midi dans la pièce qui reçoit le soleil plutôt que dans une pièce exposée au nord.
  • Rassembler les activités du soir dans un seul espace au lieu d'en chauffer plusieurs.

Les repères de température par pièce sont utiles. L'ADEME préconise environ 19°C dans les pièces de vie occupées, 17°C dans les chambres, et 16 à 17°C dans les pièces peu utilisées. Une chambre fraîche n'est d'ailleurs pas un défaut de confort, mais une aide au sommeil : le corps a besoin d'abaisser sa température interne pour s'endormir, et une pièce trop chaude contrarie ce processus. Baisser la température d'un degré représente en moyenne 7 % d'économie sur la facture de chauffage, ce qui donne la mesure de ce que ces ajustements permettent.

Réchauffer le corps, pas seulement l'espace

Une partie de la solution ne concerne pas le logement mais le corps. La physiologie offre ici des leviers précis, et c'est souvent là que se trouve le gain le plus rapide.

  • Le vêtement vient en premier, et son principe est moins évident qu'il n'y paraît. Ce qui réchauffe n'est pas l'épaisseur d'un vêtement unique, mais la superposition de plusieurs couches, parce que l'air emprisonné entre elles constitue l'isolant réel. Une succession de couches fines retient mieux la chaleur qu'un seul pull lourd, chaque épaisseur piégeant une lame d'air immobile qui ralentit la fuite de la chaleur. Les extrémités, pieds, mains, tête, sont les zones par lesquelles le corps se refroidit le plus vite. Chaussettes et chaussons ferment ces points de fuite. À confort égal, mieux se couvrir autorise une température de chauffage plus basse.
  • Le mouvement constitue le levier physiologique le plus direct. Le corps produit de la chaleur par l'activité des muscles, un mécanisme nommé thermogenèse : la contraction musculaire transforme l'énergie en mouvement, et l'essentiel de cette énergie se libère sous forme de chaleur. C'est pourquoi on se réchauffe vite en marchant par temps froid, tandis que l'immobilité prolongée laisse le corps refroidir, le métabolisme de repos ne suffisant pas à compenser les pertes. Nul besoin pour autant d'exercice intense. Se lever régulièrement plutôt que rester assis des heures, monter et descendre un escalier, quelques tâches ménagères... Tout effort musculaire, même modéré, relance la production de chaleur interne. Lorsqu'on a froid en restant immobile, bouger réchauffe plus vite et plus durablement que d'attendre que le chauffage monte.
  • L'alimentation joue un rôle d'appoint, à condition de ne pas se tromper sur son fonctionnement. La digestion produit de la chaleur, et les protéines, qui demandent le plus d'énergie pour être digérées, ont l'effet thermique le plus marqué. Un plat chaud réchauffe donc à la fois par sa température et par le travail digestif qu'il déclenche. L'hydratation, enfin, compte aussi en hiver, alors même que la soif se fait moins sentir, car l'air froid et sec accélère les pertes en eau par la respiration. Deux idées reçues méritent toutefois d'être corrigées :
    • La boisson très chaude réchauffe sur le moment, mais la chaleur perçue en bouche peut déclencher une légère réponse de sudation qui, à terme, abaisse la température du corps.
    • Quant à l'alcool, le vin chaud par exemple, il procure une sensation de chaleur trompeuse : en dilatant les vaisseaux sanguins proches de la peau, il accélère en réalité la perte de chaleur du corps.

Une marge, pas une solution

Retenir la chaleur produite, capter celle qui est présente, la concentrer là où l'on vit, réchauffer le corps directement plutôt que l'espace entier. Réunis, ces gestes abaissent le besoin de chauffage à confort égal, ou améliorent le confort à chauffage égal. Leur portée dépend toutefois du point de départ. Dans un logement correctement isolé, ils suffisent souvent à traverser l'hiver sans surchauffer. Dans un logement aux parois froides et aux déperditions importantes, ils atténuent l'inconfort sans l'effacer, et la réponse durable demeure la rénovation. L'isolation reste la priorité. Ces gestes l'accompagnent, ils ne s'y substituent pas.

Pour ceux que le froid affecte durablement chez eux, en particulier les personnes âgées, les jeunes enfants ou les personnes dont la santé est sensible au froid, ils ne dispensent pas de chercher de l'aide. Pour qui peut envisager d'agir sur le bâti, le service public France Rénov' propose un conseil gratuit sur les travaux d'isolation et les aides mobilisables.


Sources