Préparer sa liste de courses sans y passer une heure

Poivrons, tomates et pommes de terre déposés sur une table en bois
Crédit photo : Hilja

La liste de courses est l'un de ces petits problèmes du quotidien qu'on résout de façon improvisée, semaine après semaine, sans jamais vraiment s'y atteler. On fait la liste dans sa tête en arrivant au supermarché, on l'oublie à moitié, on achète ce dont on n'avait pas besoin, on omet ce qui était indispensable. Ou bien on passe un temps disproportionné à planifier les repas de la semaine, à comparer les ingrédients, à rédiger une liste exhaustive, et on se décourage avant même d'arriver en rayon.

Il existe un espace entre ces deux extrêmes. Et le principe qui le rend praticable est plus simple qu'il n'y paraît : une bonne liste de courses ne se fait pas, elle s'entretient.

Plutôt que de produire la liste en une seule séance, on la laisse se constituer au fil des jours. Ce déplacement, d'une tâche ponctuelle et lourde à un petit geste continu et léger, est ce qui fait disparaître l'heure passée. Tout le reste en découle.

Pourquoi l'improvisation et la sur-planification échouent

Compter sur sa mémoire pour faire ses courses rate presque toujours, et ce n'est pas une question de distraction. La mémoire de travail, celle qui retient l'information sur le moment, ne peut garder que quelques éléments à la fois. Un magasin, et a fortiori un supermarché, est par ailleurs un environnement saturé de sollicitations visuelles, conçues précisément pour capter l'attention. Tenter d'y restituer une liste mentale revient à lutter, en terrain défavorable, contre les limites normales de la mémoire. On n'oublie pas par négligence, on oublie parce que c'est ainsi que fonctionne l'attention.

À l'inverse, la planification concentrée, tout prévoir d'un coup la veille des courses ou tous les dimanches soirs, échoue pour une autre raison : elle demande d'anticiper en une fois l'ensemble d'une semaine qui n'a pas encore eu lieu. C'est un effort coûteux, et fragile, puisque le moindre imprévu le défait. Entre l'oubli et la sur-anticipation, la solution n'est pas de mieux faire l'un ou l'autre, mais de répartir l'effort dans le temps.

Esquisser la semaine plutôt que la programmer

Planifier les repas ne signifie pas fixer chaque repas avec précision. Pour la plupart des foyers, ce niveau de détail crée plus de rigidité qu'il n'en résout. La semaine réserve des imprévus : un contretemps qui ne laisse plus le temps de cuisiner ce que l'on avait envisagé, une invitation à dîner, un soir de fatigue, un reste que l'on n'avait pas prévu d'utiliser.

Ce qui fonctionne mieux, c'est d'esquisser la semaine plutôt que de la programmer : prévoir combien de repas on va cuisiner, dans quelles configurations (rapide en soirée, plus élaboré le week-end, froid pour le midi), et quelles familles d'ingrédients on va utiliser (quelles protéines, quels légumes, quelles céréales), sans décider à l'avance lequel ira avec lequel. On dessine les contours, on laisse le détail se décider au moment voulu. Cette approche garde la souplesse nécessaire tout en évitant les courses à l'aveugle.

Le rôle du fond de placard

La première condition d'une liste courte est de ne pas avoir à tout acheter chaque semaine. Un fond de placard bien tenu, c'est-à-dire un stock de produits qui se conservent et que l'on utilise régulièrement, réduit mécaniquement la longueur de la liste hebdomadaire.

Ce fond de placard n'est pas une réserve d'urgence, c'est l'ensemble des produits dont on a besoin de façon récurrente : huile, sel, poivre, légumineuses sèches ou en boîte, pâtes ou riz, tomates concassées, bouillon, épices courantes. Il évolue d'ailleurs avec les saisons : légumineuses et conserves de tomates l'hiver, qui appellent des plats mijotés, peuvent céder la place à d'autres bases l'été.

Ces produits ne s'achètent pas chaque semaine : on les ajoute à la liste quand le stock baisse. Les noter au fur et à mesure qu'on les finit, plutôt que de faire l'inventaire le jour des courses, est le moyen le plus simple de tenir ce stock sans y penser. C'est, là encore, le même principe : un petit geste au moment où l'information se présente, plutôt qu'un effort concentré le jour J.

Écrire la liste dans l'ordre du parcours

Une liste organisée selon le trajet dans le magasin évite les allers-retours et réduit le temps passé en rayon. Le principe tient en une phrase : beaucoup de listes sont écrites dans l'ordre où les articles viennent à l'esprit, pas dans l'ordre où on les retrouvera dans le magasin.

Regrouper les produits par grandes familles (fruits et légumes, produits frais, épicerie sèche, surgelés...) selon l'agencement de son magasin habituel prend très peu de temps et épargne plusieurs détours. Comme on connaît en général le magasin où l'on va, ce classement devient vite automatique.

Prévoir plusieurs repas pour un ingrédient

Une autre façon de réduire le temps de préparation est de penser en repas cohérents plutôt qu'en recettes isolées. L'idée tient en une question : un ingrédient acheté pour un repas peut-il être utilisé pour d'autres ?

Quelques exemples rendent le principe concret :

  • Un plat de légumes rôtis devient garniture de pâtes le lendemain, puis d'omelette le surlendemain.
  • Le reste d'une botte de persil achetée pour assaisonner une poêlée de champignons ne flétrit pas dans le bac, elle trouve sa place dans une soupe, une salade ou une sauce.
  • Une boîte de pois chiches sert à préparer un curry pour le soir et une salade pour le déjeuner du lendemain.

Ce raisonnement par circulation des ingrédients réduit les achats superflus et les fins de semaine où les restes s'accumulent sans que l'on sache quoi en faire. Il ne demande pas de planification précise, seulement une légère projection au moment de la liste : quels ingrédients peuvent servir à plusieurs repas, et en quelle quantité ?

Les outils qui aident réellement

La liste partagée, sur une note commune accessible à tous les membres du foyer, est l'application la plus directe du principe de répartition dans le temps : chacun ajoute ce qui manque au moment où il le remarque. On note quand on voit que le paquet de café touche à sa fin, pas quand on tente, la veille des courses, de se rappeler tout ce qu'il faudrait acheter. C'est plus fiable, parce que l'information est saisie au moment où elle est sûre, plutôt que reconstituée de mémoire.

L'outil le plus simple est souvent celui que l'on a déjà : un tableau dans la cuisine, ou une note partagée dans l'application de base du téléphone. Des applications dédiées ajoutent des fonctions utiles, comme le tri par rayon, les photos ou les suggestions, en échange du partage de ses données, de publicités et parfois d'un abonnement. Les enseignes proposent aussi les leurs, qui permettent de tenir la liste, de suivre le montant du panier et, le cas échéant, de commander directement.

Le bon outil est affaire de préférence. Ce qui compte vraiment, c'est qu'il reste accessible à tout moment, et partagé quand le foyer compte plusieurs personnes.

Et si on a encore besoin de simplifier

Certaines semaines ne se prêtent à aucune planification. Garder en tête quelques repas de base, qui ne demandent que d'utiliser les ingrédients qui se trouvent dans les placards enrichis de quelques produits frais, permet de faire des courses minimales en quelques minutes quand le temps manque.

De la même façon, il n'est pas nécessaire de tout cuisiner soi-même, ni de cuisiner tous les soirs. Une semaine bien organisée côté courses peut quand même intégrer deux ou trois repas très simples (fromage, pain, salade), un repas commandé ou pris dehors, sans que la cohérence du reste en souffre.

Bien préparer ses courses ne vise pas à tout maîtriser, seulement à ce que les jours ordinaires demandent un peu moins d'efforts.