Le mixeur vient de rendre l'âme. Ou l'aspirateur. Ou le téléphone. Peu importe, la séquence qui suit est presque toujours la même : on constate la panne, on se retrouve sur un site marchand à chercher un nouveau modèle, et on rachète. Le geste est si automatique qu'on ne le voit presque plus.
Pourtant, avant même de se demander quoi racheter, il y a une question plus simple à poser : est-ce que cet objet a vraiment besoin d'être remplacé ?
L'idée qu'il faille racheter est souvent un réflexe plus qu'une nécessité. Beaucoup d'objets se réparent facilement, y compris des objets qu'on imagine condamnés. Et quand on ne sait pas faire, il existe des ressources, et d'autres personnes qui savent.
Et puis, tout ce qui est abîmé n'est pas inutilisable. Une casserole cabossée chauffe aussi bien. Un pull avec un petit trou sous le bras peut encore se porter. Une tache sur un torchon ne change rien à son usage. Une partie de ce qu'on remplace par réflexe n'est pas cassé : c'est seulement marqué, usé. Un peu moins neuf.
Reste ce qui est vraiment hors d'usage. Et même là, le réflexe de racheter à l'identique mérite que l'on s'y arrête. C'est l'un des rares moments où l'on pourrait poser une question qui change tout : est-ce que j'ai vraiment besoin de racheter la même chose ?
Le réflexe de remplacement
Le remplacement à l'identique ressemble à une décision, mais c'est souvent un réflexe. On ne se demande pas si on a besoin de l'objet, parce que la question semble déjà tranchée : on l'avait, il ne marche plus, donc on en reprend un. La logique est circulaire, et elle est confortable.
Ce réflexe n'est pas seulement une habitude individuelle, il est aussi entretenu par la conception même des objets. L'obsolescence, qu'elle soit programmée ou simplement tolérée, prend plusieurs formes : composants qui s'usent vite, pièces détachées indisponibles, coût de réparation rendu proche du prix du neuf. Selon l'étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques menée conjointement par l'ADEME et le GIFAM, un appareil sur deux remplacé fonctionne encore. Les raisons du remplacement sont de deux ordres : la difficulté à remettre l'appareil en état, et l'envie d'un modèle aux nouvelles fonctionnalités ou plus adapté à l'usage.
Un appareil sur deux. Ce n'est pas une anecdote. C'est le signe d'un système où le remplacement est devenu la norme, et la remise en question l'exception.
Avant de chercher le modèle suivant
Se retrouver face à un objet endommagé ou en panne est un moment particulier. C'est une ouverture rare dans la routine de consommation qui donne une raison concrète de se poser (honnêtement) des questions qu'on ne poserait pas autrement. Ces questions permettent souvent de revenir sur une décision d'achat qu'on aurait prise un peu trop vite.
Une façon simple de faire de nombreuses économies.
Est-ce que ce qui est abîmé sur cet objet empêche son usage ?
Distinguer ce qui empêche réellement de se servir d'un objet de ce qui en altère seulement l'apparence est la première question à se poser. Un verre dépoli par les passages multiples au lave-vaisselle, un drap décoloré par les lavages, des chaussettes dépareillées, un grille-pain cabossé… rien de tout ça ne rend un objet inutilisable.
Est-ce que j'en ai réellement besoin ? À quelle fréquence est-ce que je l'utilise ?
C'est peut-être la question la plus difficile à poser honnêtement, parce qu'elle demande de regarder l'usage réel plutôt que l'usage imaginé. Un robot multifonctions utilisé trois fois par an ne justifie pas forcément d'être remplacé. Ni une machine à pain qui a servi deux fois, ou un appareil à raclette qu'on sort une fois dans l'hiver, à l'occasion d'un dîner entre amis. On garde ces objets parce qu'on les a, parce qu'ils occupent une place dans le placard et dans les habitudes mentales, sans toujours remplir la fonction quotidienne qu'on leur prête. La question n'est pas morale, elle est pratique : est-ce que cet objet, s'il n'existait pas, manquerait vraiment dans le quotidien ?
Est-ce qu'un autre objet que j'ai déjà pourrait faire la même chose ?
Le presse-agrumes électrique ne fonctionne plus ? Le modèle manuel qui est au fond du tiroir ne suffirait-il pas ? La bouilloire a rendu l'âme ? Est-ce que je ne peux pas simplement utiliser une casserole pour faire chauffer l'eau ? Beaucoup d'objets d'un foyer peuvent remplir les mêmes fonctions. Du moment qu'ils fonctionnent tous, on n'y fait pas vraiment attention. Quand l'un d'eux tombe en panne, on se rend compte souvent qu'en réalité, on a un autre objet qui peut déjà faire la même chose.
Pour ce qui est vraiment cassé
Là encore, des questions peuvent aider à éviter un remplacement inutile.
Est-ce que je peux le réparer ?
Avant de chercher à remplacer, il vaut la peine de vérifier si la réparation est possible et à quel coût. En 2020, seuls 40 % des appareils en panne étaient réparés. Ce chiffre paraît bien bas quand on sait qu'un bon nombre de réparations peuvent être effectuées par soi-même bien plus facilement qu'on l'imagine. Et si on a besoin d'aide, on peut se tourner vers un réparateur professionnel. Il existe un bonus réparation qui est directement déduit de la facture si elle est effectuée chez un professionnel labelisé. Le bonus réparation est valable pour de nombreuses catégories d'objets (textiles, téléphonie, cuisine, beauté...).
Est-ce que je pourrais louer ou emprunter plutôt qu'acheter ?
Pour les usages vraiment ponctuels, l'achat n'est pas la seule option. Les médiathèques prêtent livres, CD et DVD depuis longtemps. Des ludothèques existent pour les jeux. Des bibliothèques d'objets, encore rares, commencent à se développer. Et, bien sûr, on peut même demander à son entourage de nous prêter ce dont on a besoin. Ce n'est pas une solution universelle, mais pour certains objets, emprunter le jour où on en a besoin coûte moins, prend moins de place, et n'engage à rien.
Est-ce que l'objet peut servir à autre chose ?
Un objet hors d'usage pour sa fonction première n'est pas forcément bon à jeter. Il lui reste souvent une matière, une forme, des pièces qui peuvent connaître une seconde vie. Que ce soit dans une logique de réutilisation pratique ou décorative, regarder ce que l'on s'apprête à jeter en se demandant ce qu'il pourrait encore devenir ouvre de nombreuses possiblités.
- Un vêtement trop abîmé pour être porté se découpe en chiffons, s'utilise comme tissu à repriser, se transforme en trousse ou en marionnette.
- Les pièces d'un appareil électronique mort, vis, câbles, petits moteurs, alimentent une réserve utile pour d'autres réparations.
- Une vieille échelle en bois devient une étagère ou un porte-serviettes.
- Une caisse en bois se transforme en rangement ou en table de chevet.
- Un bocal ébréché accueille des vis, des boutons, des crayons.
- Une théière qui ne sert plus fait un joli vase ou remplace un petit arosoir.
Si on décide de racheter
Parfois, la réponse est oui : on en a besoin, on s'en sert régulièrement, et la réparation n'est pas possible ou pas viable. L'achat est alors légitime. Mais avant de se rendre dans le premier magasin du coin ou sur une plateforme en ligne, quelques options plus économiques, éthiques ou responsables peuvent être envisagées.
La seconde main en première option
Avant le neuf, le marché de l'occasion permet bien souvent de trouver les objets convoités à moindre coût et avec un impact environnemental réduit. De nombreuses applications en ligne bien connues comme Le bon coin ou Vinted permettent de chercher toutes sortes d'objets. Pour les vêtements, on peut aussi penser aux associations solidaires comme Le tremplin qui propose une friperie en ligne. Localement, les ressourceries et recycleries collectent, réparent et revendent de l'électroménager. Pour l'électroménager ou l'électronique, on peut également se tourner vers le matériel reconditionné qui permet d'acquérir des appareils d'occasion testés et garantis, à prix inférieur au neuf.
Vérifier l'indice de réparabilité avant d'acheter neuf
Depuis 2021, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC), impose d'afficher un indice de réparabilité sur plusieurs catégories d'appareils électriques et électroniques. Un appareil noté 8 ou 9 sur 10 a plus de chances d'être réparable dans cinq ans qu'un appareil n'obtenant qu'une note de 3.
C'est une information disponible, gratuite, et pourtant encore peu utilisée.
Depuis 2025, un indice de durabilité, plus complet, remplace progressivement l'indice de réparabilité.
Acheter moins, mais mieux
Un appareil durable, avec des pièces détachées disponibles, coûte souvent plus cher à l'achat mais revient moins cher sur la durée. Cette logique vaut pour l'électroménager comme pour tout le reste. Si cela est possible, il vaut mieux investir dans des objets de meilleure qualité plutôt que de cumuler les articles pas chers qui ne tiendront souvent que peu de temps.
Des questions valables pour tout
Cette logique de questionnement, appliquée ici aux objets du quotidien peut être appliquée à un bon nombre d'autres domaines : un abonnement dont on n'utilise que les fonctionnalités comprises en version gratuite, des vêtements rachetés par réflexe saisonnier alors que le placard est plein, un téléphone remplacé parce qu'une mise à jour a ralenti l'ancien, un produit cosmétique racheté avant même d'avoir ouvert celui qui attend déjà dans le placard...
Dans tous ces cas, la logique est la même : l'objet ou le produit n'est plus là, le geste de remplacement est automatique, et la question de l'utilité réelle ne se pose pas.
Se poser ces questions ne signifie pas renoncer à tout, cela permet simplement de distinguer ce que l'on choisit vraiment de ce que l'on rachète par habitude.
Sources et liens utiles
- Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques
- Ministère de la Transition écologique. Indice de réparabilité (loi AGEC).
- Legifrance. LOI n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (1).
- Bonus réparation